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6 juillet 2009 1 06 /07 /juillet /2009 20:51

 

L'émission trés prochainement sur RPL 89.2
Passes
ton stage
d’abord
et tu
verras
ensuite !


« Passes ton stage d’abord ! »,
tel pourrait être le nouveau slogan scandé
par une multitude d’étudiants à l’instar
du bac tant le stage est devenu, en l’espace
d’une décennie environ, le passage obligé
pour intégrer un marché du travail figé et
plombé voire à priori inaccessible pour une
bonne part de la jeunesse, en ces temps de
crise.
On dénombre, d’après les sources du
Conseil Economique et Social de 2005,
800 000  stages réalisés chaque année,
à tel point que les universités, centres
de formation ou même les grandes écoles
intègrent dans les cursus proposés un
stage dit « obligatoire ».
Ainsi près de 90 % de diplômés de niveau bac+4
auraient effectué au moins un stage à
l’issue ou au cours de leur formation.
Pour autant, peut-on en déduire que
ces entrées passagères dans le saint
des saints des entreprises soient une
garantie en terme de réussite, succès
et/ou possibilités d’insertion optimisées ?
Rien n’est moins sûr…
Tout dépend bien entendu de la nature,
de la qualité des responsabilités confiées
au jeune en question, lesquelles sont
clairement indiquées dans une convention
légale tripartite, établie entre l’employeur,
le stagiaire et le centre de formation.
Par ailleurs, près d’un recrutement sur
trois, soit 31 %, se fait par le biais de stages
et près de 70 % des nouvelles recrues chez
l’Oréal y avaient déjà fourbi leurs armes
à titre de stagiaire.
A première vue, il apparaitrait donc
que le recours efficient aux stages
constitue un bon outil en matière
de perspectives professionnelles
alléchantes, à condition que celui-ci
se déroule dans de bonnes conditions.
Ces périodes d’apprentissage sont
même désormais reconnues comme
une méthode de pré-recrutement dans
les entreprises.
Pour autant, l’envers du décor laisse
entrevoir de nombreux abus voire des
carences juridiques en terme de droit du
travail, précisément quant à l’éventuelle
embauche de stagiaires.
En effet, la convention de stage reste
obligatoire et doit comporter de nombreuses
mentions mais rien n’oblige par exemple
l’employeur à verser une rétribution pour
les stages de moins trois mois ou à respecter
les clauses mentionnées par le biais de lois
coercitives.
Seuls deux dispositions légales règlementent
les stages  étudiants :
l’article L-412-8 du Code de la Sécurité
Sociale qui concerne la couverture des
accidents survenant pendant la période
de stage et l’article 8 de la loi du 31 mars
2006 sur l’égalité des chances complété
par un décret du 31 janvier 2008 qui fixe
la gratification à un montant minimum
de 398,13 euros pour les stages de longue
durée.
Résultats :
nombreux sont les étudiants ou diplômés,
victimes de patrons peu scrupuleux,
cherchant à exploiter une jeunesse
soucieuse de son avenir professionnel et
consciente de l’état de précarité dans
lequel elle se trouve plongée, avide de
succès, et prête à tous les sacrifices pour
conquérir la sacro-sainte quête du Graal,
à savoir décrocher un emploi.
D’autant plus que 23 % des jeunes actifs
sont au chômage et appartiennent donc
à la frange de la population active la plus
durement touchée et la plus fragilisée.
Ceux-ci constituent alors en ce sens une
véritable manne, pour escrocs en mal de
business, entreprises en mal de variables
d’ajustement en ces temps si aléatoires, et
universités ou établissements supérieurs
en mal de subventions.
En ce qui concerne les écoles
– principalement les écoles de commerce -
elles ont trouvé un filon sûr et porteur,
pour attirer les futurs étudiants ou….
chalands…
En outre, des universités « vendent » des
cursus sans débouchés autres que des
stages, dans le seul but de fabriquer des
statistiques avantageuses en terme
d’effectifs ; ce qui leur permet de se voir
octroyer des subventions de l’Etat plus
que généreuses.
Sans oublier ces jeunes demandeurs
d’emploi, faux étudiants, mais victime
du chômage, qui à défaut de trouver un
poste, finissent par se réinscrire à
l’université en vue de décrocher un stage
et de bénéficier des atouts de la sécurité
sociale étudiante.
Quant aux entreprises, parmi les 100 plus
gros recruteurs de cadres, la Société
Générale proposait 5 000 stages de longue
durée (plus de trois mois) pour un
recrutement de 1400 jeunes diplômés
avec statut de cadre et salariés.
Aussi, la formation seule désormais reste
insuffisante pour espérer une première
embauche puisque l’expérience
professionnelle est impérativement
requise, d’où l’obligation de s’ouvrir
une trajectoire grâce au stage, ultime
appui.
En conséquence,
le stage n’est
plus seulement,
si l’on peut
dire, une forme
de bizutage
admis par tous
mais surtout
un marché
juteux dont
les acteurs de
la formation
et du
recrutement
se taillent la
part du lion.
Agences intérim ou cabinets spécialisés
dans la recherche et le recrutement de
stagiaires, forums et salons organisés,
abondent massivement sur cette niche
du marché de l’emploi.
Et du stage à l’emploi déguisé, il n’y a
qu’un pas que certaines sociétés n’ont
pas hésité à franchir.
C’est d’ailleurs par ce recours que des
stagiaires sont désormais recrutés pour
embaucher à leur tour d’autres stagiaires
ou que d’autres personnes, trop
angoissées à l’idée de perdre une année
d’étude supérieure, refusent de se
rebeller, trop souvent par peur des
représailles ou de subir un mauvais
départ dans leur parcours professionnel.
L’occasion est souvent trop belle pour
une minorité de dirigeants peu orthodoxe
et peu respectueuse des règles en raison
d’un flou juridique béant : absence d’une
véritable législation, non paiement de
charges salariales et patronales, possibilité
d’user d’une main d’œuvre bon marché
très qualifiée et recrutée sur des critères
de sélection identiques à ceux d’un salarié,
payée à moins 30 % du SMIC voire pas
du tout sur des périodes de moins de trois
mois, malléable et corvéable à merci
puisqu’elle ne peut se faire représenter
par un syndicat ou par un inspecteur de
la Direction du Travail et de l’Emploi, de
part l’absence de son statut de salarié et de
sa présence dans les effectifs de l’entreprise.

Ce fut notamment le cas de David,
29 ans, diplômé en Physique-Chimie
et doté d’une formation obtenue dans
une prestigieuse école de commerce à
Paris, en conflit actuellement avec
l’un des mastodontes de la finance
française et filiale du Crédit Lyonnais.
Embauché dans un premier temps, en
qualité de stagiaire Conseiller Financier
pour les Entreprises pour une durée
de 6 mois, David a vu son stage se
proroger deux fois pour une durée
de 4 mois pour enfin se solder par
un CDI avec une période d’essai de
6 mois….Soit au total 20 mois à l’essai………
pour être licencié à l’issue de la
période probatoire !
Evidemment, David n’est pas la seule
victime de ce type de stratagème employé.
Cela dit, cet épisode demeure pour lui
très douloureux et il n’en reste pas moins
amer et inquiet quant à son avenir.

Pour tenter de pallier à ce grand et
profond sentiment d’injustice,
David n’a pas hésité à se porter
au Tribunal des Prud’hommes.
Pour autant, cela ne l’empêche pas
d’éprouver un grand sentiment
d’échec et de culpabilité, sans
occulter le fait qu’il lui est nécessaire
de réunir un maximum de preuves,
hélas difficiles à obtenir dans un
contexte d’omerta.
A cela se rajoute des frais financiers
importants et péniblement assumés
pour un jeune diplômé, sans parler des
risques juridiques lourds.
C’est pourquoi, David s’est rapproché
de Génération Précaire afin de bénéficier
d’un bon soutien.
Génération Précaire est né en 2005, à la
suite d’une grève spontanée et diffusée
sur le net début septembre.
L’objectif de ce mouvement consiste à
dénoncer une situation intolérable ;
celle d’un véritable sous-salariat toujours
disponible, sans cesse renouvelé et sans
aucun droit.
Un réseau de stagiaires, révoltés par ce
constat, est aujourd’hui construit et actif.
Ce lobby depuis se mobilise ardemment
pour sensibiliser d’une part la population
et d’autre part pour proposer des solutions
en vue de mettre fin à ces abus.
Actuellement, le procès de David est
essentiel pour ce collectif puisque pour
la première fois un stagiaire traduit son
employeur devant la juridiction des
Prud’hommes pour emploi déguisé.
Un immense défi s’impose donc à David
et au mouvement qui espèrent que cette
victoire potentielle fasse jurisprudence
pour qu’une véritable législation aboutisse
enfin.
Selon David Lyle Boren « les défis vous
font découvrir sur vous-même des choses
que vous ne soupçonniez pas.
C’est ce qui vous grandit et vous pousse
au-delà des limites. » Gageons alors que
le Droit, cette fois, remportera tous les
suffrages car la justice sans force est
impuissante mais la force sans justice
est tyrannique ! 


Sandra WAGNER
Rédactrice ( www.melting-actu.com )

(photos : Fedephoto.com, Génération Précaire)
Lien :
http://www.generation-precaire.org/

Génération Précaire au Palais de Justice de Paris - Nouvel Obs
Le collectif de défense des stagiaires, "Génération Précaire", s'est rendu au Palais de Justice de Paris jeudi 25 juin, afin d'assister à l'audience de Vitae Conseil. Ce cabinet de recrutement a affecté une douzaine de stagiaires à un de ses services, alors même qu'il n'y avait que trois salariés. L'affaire remonte à 2006, et pourtant le tribunal vient une nouvelle fois de reporter l'audience. De son côté, l'entreprise continue à rechercher des stagiaires...

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Published by Mika.57- RPL 89.2 la Radio du Pays Lorrain - dans Archives
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